Accueil L'International Les Colombiens se rendent aux urnes ce dimanche pour l’une des élections...

Les Colombiens se rendent aux urnes ce dimanche pour l’une des élections les plus polarisées de mémoire d’homme.

74
0

Six candidats sont en lice dans une élection où seuls Petro et Gutiérrez ont de réelles chances d’accéder au second tour.

L’inégalité, la pauvreté, le chômage et l’assassinat de leaders sociaux sont les principaux défis des candidats.

PARIS, 28 mai (Bénin Actu) –

Les Colombiens se rendent aux urnes dimanche 29 mai pour élire leur nouveau président pour les quatre prochaines années et, pour la première fois depuis des décennies, la gauche pourrait revenir à Casa Nariño. Avant cela, la campagne a été l’une des plus polarisées de mémoire récente, avec des cas d’espionnage présumé, des menaces de mort, des accusations de toutes sortes entre un camp et l’autre, et même une prétendue ingérence russe.

Quelque 38 millions d’électeurs pourront choisir entre six candidats pour remplacer le président Iván Duque, qui ne peut se représenter à la suite d’une réforme constitutionnelle. Il semble toutefois que deux candidats aient les meilleures chances : Gustavo Petro et son pacte historique pour la gauche, et Federico « Fico » Gutiérrez à la tête de la coalition très conservatrice Equipo por Colombia.

Le troisième discordant est l’entrepreneur en bâtiment Rodolfo Hernández, surnommé le « Trump tropical », qui a fait fortune dans le secteur du logement social. Invité inattendu de dernière minute, il a connu ces derniers jours une ascension fulgurante dans les sondages, arrivant dans certains d’entre eux à égalité technique avec « Fico ».

Dès le début du processus électoral, il n’y a pas eu un seul sondage qui n’ait placé Petro et sa candidate à la vice-présidence, Francia Márquez, comme les principaux favoris, certains d’entre eux frôlant même la possibilité d’une victoire sans avoir besoin d’un second tour. Leur triomphe représenterait un changement de paradigme sans précédent au cours des dernières décennies, dominées par la droite.

Lire aussi:  Morrison convoque les élections générales australiennes pour le 21 mai

Avec une intention de vote de plus de 40 %, Petro, sénateur, ancien maire de Bogota, ancien guérillero du Mouvement du 19 avril (M-19) et vétéran de la politique, a fait de la soif de changement des Colombiens son emblème dans cette campagne où il a promis d’investir dans les politiques sociales, la transition écologique et surtout d’appliquer les accords de La Havane signés en 2016 avec la défunte guérilla des FARC comme chemin vers la paix.

Pour sa part, Gutiérrez – dont l’intention de vote est inférieure à 30 % – a été désigné par ses détracteurs comme l’option continuiste, lui rappelant la sympathie dont il jouit auprès des principales familles qui contrôlent la politique et l’économie du pays. Partisan de l’application des accords de paix, il a promis l’ordre pendant la campagne, tout en agitant les vieux fantômes du communisme et en accusant Petro de collusion avec les groupes armés.

Les quatre années convulsives de Duque, marquées par d’importantes protestations sociales, la crise pandémique, la grave récession, le non-respect des accords de paix signés avec la défunte guérilla des FARC et les assassinats de leaders sociaux, ont probablement provoqué ce rapprochement avec la gauche.


Petro a su tirer parti du mécontentement d’une grande partie des Colombiens, qui ont vu comment, dans l’un des pires moments de la pandémie, le président Duque, encore en exercice, a signé une réforme fiscale controversée imposant une hausse de la TVA qui a surtout touché les produits de première nécessité, l’eau, le gaz et l’électricité.

Des centaines de milliers de personnes appartenant à divers groupes sont descendues dans les rues des principales villes du pays pour protester ; des manifestations qui ont souvent donné lieu à des affrontements avec la police et les forces militaires, dont les actions ont été largement mises en cause pour la violence avec laquelle elles ont été menées.

Lire aussi:  M. Borrell réitère le soutien de l'UE à la Moldavie et à la Géorgie dans le cadre de son voisinage oriental

DÉFIS POUR LE PROCHAIN PRÉSIDENT

La Colombie est l’un des pays les plus inégalitaires du continent, avec 21 millions de personnes pauvres, tandis que plus de la moitié des terres sont entre les mains d’une minorité privilégiée représentant moins de 2 % de la population. Un piège mortel pour les paysans qui, asphyxiés par les politiques néolibérales et de libre-échange, ont recours aux cultures illicites de coca, aux mains de groupes armés.

L’inégalité dans la répartition des terres est la principale raison de la naissance d’un conflit armé qui dure depuis six décennies. L’un des enjeux du début des négociations entre le gouvernement du président de l’époque, Juan Manuel Santos, et la guérilla des FARC, portait sur cette question.

Cependant, six ans plus tard, la situation continue sans progrès significatif et les leaders paysans qui demandent, par exemple, de passer des cultures illicites à l’agriculture formelle, sont non seulement tués par les groupes armés, mais aussi par les militaires eux-mêmes. Entre 2021 et jusqu’à présent en 2022, avec l’un des trimestres les plus meurtriers, 188 dirigeants ruraux ont été tués. »

Ces dernières années, le scénario de la classe politique a changé. Si l’un des problèmes reste la violence armée qui infeste chaque coin du pays, ce n’est plus la question de la défunte guérilla des FARC qui est en jeu dans ces élections, mais celles qui avaient été reléguées au second plan, comme la pauvreté, les inégalités et le chômage.

Article précédentAncelotti : « L’inquiétude est combattue sur le visage des joueurs ».
Article suivantMarcelo : « Je n’ai pas besoin de statue, mon histoire au Real Madrid est déjà faite ».