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Une collaboration internationale propose un test de selles pour la détection précoce du cancer du pancréas

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PARIS, 9 mars. (Bénin Actu) –

Des chercheurs du Centre national espagnol de recherche sur le cancer (CNIO), sous la direction de Núria Malats, et du Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL, Heidelberg), sous la direction de Peer Bork, ont découvert une signature moléculaire de 27 micro-organismes dans des échantillons de selles qui pourrait permettre de prédire les patients présentant un risque élevé d’adénocarcinome du canal pancréatique, le cancer du pancréas le plus fréquent, et même de diagnostiquer ces patients à des stades plus précoces de la maladie.

Un brevet a été déposé sur ces résultats pour développer un kit de diagnostic du cancer du pancréas qui détecte ces génomes microbiens dans les échantillons de selles de manière rapide, non invasive et peu coûteuse. L’étude est publiée cette semaine dans la revue scientifique « Gut », l’une des plus prestigieuses dans le domaine de la gastro-entérologie et de l’hépatologie.

Le cancer du pancréas n’est pas l’un des cancers les plus fréquemment diagnostiqués, mais c’est l’un des plus meurtriers : il est la troisième cause de décès par cancer en Espagne, derrière le cancer du poumon et le cancer colorectal, et la septième dans le monde. Ce taux de létalité élevé s’explique notamment par le diagnostic tardif de la maladie et les options thérapeutiques limitées.

La symptomatologie du cancer du pancréas est très silencieuse et les symptômes apparaissent souvent à un stade avancé de la maladie, lorsque les tumeurs ne peuvent souvent pas être retirées chirurgicalement. Il existe donc un besoin urgent de tests non invasifs, spécifiques et abordables, capables de détecter la maladie à un stade précoce et d’améliorer la survie des patients.

« Dans de nombreux cas, lorsque le cancer du pancréas est détecté, il est trop tard. Nous devons diagnostiquer la maladie à des stades beaucoup plus précoces, avant l’apparition des symptômes, et pour ce faire, nous devons identifier et définir la population à risque et disposer de bons tests de dépistage pour détecter le cancer lorsqu’il est encore curable », expliquent les chercheurs.

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Des données récentes suggèrent que les micro-organismes qui vivent aux côtés des cellules dans le corps humain, ce que l’on appelle le microbiome, pourraient jouer un rôle dans l’origine et le développement de l’adénocarcinome du canal pancréatique.

Pour étudier en profondeur cette relation possible, les chercheurs ont mené une étude cas-témoins unique auprès de 136 personnes (57 patients nouvellement diagnostiqués, 50 témoins et 27 patients atteints de pancréatite chronique) disposant d’informations épidémiologiques et cliniques très détaillées et sur lesquelles des échantillons de salive, de selles et de tissu pancréatique ont été prélevés pour analyser leur microbiome. Les patients provenaient de deux hôpitaux espagnols, à Madrid (hôpital Ramón y Cajal) et à Barcelone (hôpital Vall d’Hebron).

L’ÉTUDE LA PLUS COMPLÈTE SUR LE MICROBIOME ET LE CANCER DU PANCRÉAS

Contrairement à ce que l’on pensait au départ, le microbiome fécal était principalement associé au cancer du pancréas, mais pas le microbiome oral. « Des analyses biostatistiques et bioinformatiques sophistiquées nous ont permis de construire une signature de 27 microbes provenant des selles, principalement des bactéries, qui permet de distinguer très clairement les cas de cancer du pancréas des témoins, tant dans les stades les plus avancés que dans les stades les plus précoces », expliquent Malats et Bork.

Cette signature génétique a été validée dans une étude indépendante menée dans deux hôpitaux en Allemagne et dans 5792 métagénomes fécaux provenant de 25 études dans 18 pays. Il est actuellement à l’étude dans une population japonaise.

Mais le cancer du pancréas est une maladie dont l’étiologie est très complexe, avec de multiples facteurs de risque tels que l’âge, l’obésité, le diabète, la pancréatite chronique, le tabagisme, la consommation élevée d’alcool, le groupe sanguin et les antécédents familiaux de cancer.

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Pour éviter tout biais, et pour s’assurer que les microbes identifiés sont associés au cancer du pancréas et non à l’obésité, au diabète, etc., les auteurs de l’article ont contrôlé ces variables cliniques et démographiques dans l’analyse. « Il n’y a pas d’études qui ont cette profondeur d’information », fait valoir l’équipe.

Comme l’écrivent les chercheurs, la valeur prédictive élevée de cette signature génétique des selles pourrait servir de biomarqueur pour définir la population à risque et, si elle est validée dans des essais cliniques, pourrait être utilisée pour le diagnostic précoce du cancer du pancréas.

« Actuellement, les programmes de dépistage ciblent les familles présentant une agrégation de cancers du pancréas, ce qui ne représente que 10 % des patients atteints de ce type de cancer. L’inclusion dans ces programmes de dépistage d’une analyse des selles pour identifier cette signature microbiotique pourrait être utilisée pour détecter le reste de la population à risque », ajoutent-ils.

Cette recherche a été réalisée en collaboration avec le groupe de carcinogenèse épithéliale du CNIO dirigé par Paco Real, l’unité de cytogénétique moléculaire du CNIO dirigée par Sandra Rodríguez, le département d’oncologie de l’hôpital universitaire Ramón y Cajal, le service digestif de l’hôpital universitaire Vall d’Hebron avec Xavier Molero, le département d’hépatologie translationnelle de l’hôpital universitaire Goethe dirigé par Jonel Trebicka et le groupe de Stephan Kersting à l’hôpital universitaire Erlangen à Erlangen.

Cette étude a été financée par le ministère espagnol des Sciences et de l’Innovation, l’Instituto de Salud Carlos III, World Cancer Research, le Conseil européen de la recherche, le Fonds européen de développement régional, AESPANC-ACANPAN (Ayuda Carmen Delgado y Miguel Pérez-Mateo) et l’Union européenne.

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