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La Soneb distribue de l'eau dangereuse (1er prix d’enquête journalistique)
Écrit par Gaston Yamaro   
Mardi, 06 Septembre 2011 07:18

Cette enquête a été publiée par Bénin Actu en Septembre 2011. A l'époque, la situation durait déjà plusieurs année et depuis, rien n'a changé. L'eau de la Soneb est toujours de qualité douteuse. La ministre en charge du secteur, Sofiatou Onifadé s'est rendue sur les installations de la Soneb ce 4 juillet 2012, où elle a pu voir les barages et l'eau qui en est puisée pour abreuver les populations de Parakou. Rien n'indique pour le moment que des mesures adéquates seront prises pour rassurer les Parakois. actions seront prises.

 


 

Boire l’eau du robinet à Parakou n’est pas un simple geste. On réfléchit d’abord. En interrogeant 50 personnes prises au hasard, plus de 35 considèrent l’eau de la Soneb comme un pis aller. Et même 07 affirment ne pas la boire du tout. Le point de départ de cette disgrâce continue entre la Soneb et ses clients consommateurs a culminé en 2008 où une teinte rougeâtre envahit les robinets avec des particules se déposant au fond des verres. Gaston YAMARO déclenche une enquête qui reçoit en 2010 le soutien financier de l’Association danoise du journalisme d’enquête, et le premier prix d'enquête journalistique au Bénin.

Nous sommes en Septembre 2011 mais les résultats de cette investigations restent actuels puisque, depuis, rien n’a changé. Nous publions l'article en deux parties, dont voici la première. (Cliquez ici pour lire la deuxième partie)

eauNous sommes en 2008. L’eau servie par la Société Nationale des Eaux du Bénin (SONEB) à Parakou est sujette à inquiétude. Elle est non seulement colore, mais elle dépose aussi des particules au fond des verres. L’eau du robinet est-elle potable ou pas ? Les responsables de la Soneb rassurent, Lucien AVOWEME, Directeur régional de la Société Nationale des Eaux du Bénin explique que ces deux aspects ne représentent aucun danger pour la santé des consommateurs. Le technicien, responsable du traitement de l’eau à la Soneb conseille de patienter juste quelques minutes. Mais les consommateurs sont bien obligés de perdre plusieurs litres d’eau, inutiles même à n’importe quel usage. Mais d’où provient cette teinte qui inquiète plus d’un ?

Tout commence en 1996. Le barrage sur le fleuve Okpara, qui sert de source d’approvisionnement à la Soneb est infecté par une forte concentration en manganèse. Quand bien même le problème est résolu au niveau du fleuve, le manganèse continue de stagner à l’intérieur des canalisations, dix ans après. Et chaque arrêt et redémarrage  racle les dépôts qui colorent l’eau de l’intérieur des conduits vers les robinets. Aujourd’hui, la teinte de l’eau a presque disparu. Le doute lui persiste. Résurgence de la teinte par endroit et par moment, débris de fond, goût piquant, odeurs fortes, les griefs contre la Soneb s’accroissent et les consommateurs sont presqu’aux aguets.

Nous sommes ici au quartier Titirou, un grand quartier de la ville. C’est le domicile de Salifou. 100 litres d’eau sont stockées dans quatre bidons de 25 litres, mais il s’agit d’eau de pluie recueillie. La veille, l’eau du robinet au niveau duquel le ménage s’approvisionne dégagerait une très forte odeur d’eau de javel et un goût amer. Au point où enfants et adultes ne pouvaient la boire.

D’après le technicien de la soneb, l’odeur d’eau de javel est plutôt le signe probant de la potabilité de l’eau. L’on ne devrait pas s’en plaindre.

Il y a pourtant pire. Depuis 2008, les cas de fièvre typhoïde sont légion à Parakou. Au centre hospitalier départemental de Parakou, les chiffres ne sont pas clairement disponibles. Sur les fiches statistiques, la fièvre typhoïde est noyée dans une rubrique concernant plusieurs maladies étiquetées dans un casier intitulé « autres affections fébriles ». A la clinique « l’As de Cœur », une des cliniques privées les plus fréquentées à Parakou, le Docteur BAGUIDI dépiste une moyenne d’un cas positif par jour, soit  25% de la population de Parakou. Les patients à Parakou développent une résistance inquiétante, et même une mutation, puisque non seulement la maladie résiste aux médicaments réputés efficaces par le passé, mais le vaccin n’est plus une mesure de prévention très certaine. Les consommateurs eux, n’hésitent pas à accuser l’eau de la Soneb.

Nous arrivons chez la famille EDOUN, au quartier Banikanni, le plus grand quartier de Parakou suffisamment pourvu en eau courante. Aimé, un peu moins de la cinquantaine, conducteur professionnel de véhicule administratif est le chef du ménage. Sa fille recueille de l’eau au robinet, puis elle cadenasse aussitôt. Elle lave les tubercules d’igname rapportés par papa. Pour l’eau à boire, on se dirige vers le puits au milieu de la cour. Les rôles sont inversés ici l’eau de puits est l’eau de boisson, tandis que l’eau du robinet sert à tout sauf la boisson.

C’est depuis Cotonou que aimé a été alerté à propos de l’eau de la Soneb comme un danger par l’une de ses collègues de service pour qui l’eau de la Soneb serait responsable de la fièvre typhoïde qui secoue la ville de Parakou. Coïncidence ou confirmation de l’alerte, il a fallu seulement trois mois pour que la famille essuie des attaques en série du germe de la fièvre typhoïde. Le père, le fils, la fille tout le monde sauf la mère est passé par la fièvre typhoïde. L’effet psychologique est fort et la réaction catégorique. Le robinet reste cadenassé au moins quatre jours sur sept et quand il est ouvert, c’est pour tout autre usage que la boisson. La famille EDOUN préfère l’eau du puits.

Près du puits, un avocatier couvre la margelle de son ombrage. Sur la margelle, une feuille de tôle couvre aux trois quarts. Des feuilles de l’avocatier échappent à la protection de fortune et probablement aussi d’autres objets invisibles à l’œil nu, ou qui ne flottent pas forcément à la surface du puits. Aimé prend-il conseil auprès de techniciens pour le traitement de son puits ? « Honnêtement non ! », répond-il. Il se contente de l’eau de javel qu’il achète lui-même dans les supermarchés. Sa certitude est que le remède à la fièvre typhoïde a été sa décision de changer son eau de boisson.

A quelle proportion l’eau de la Soneb pourrait-elle alors être responsable de la fièvre typhoïde qui sévit à Parakou ?

D’après le Docteur BAGUIDI, cette maladie appartient au péril hydro fécal. « Quand vous voyez comment les gens vident les fosses septiques, ils ne font pas appel aux vidangeurs professionnels et déversent les boues à l’air libre ; tout cela est drainé vers l’okpara d’où on nous sert l’eau à boire », ajoute-t-il. En réalité, la voirie ne dispose même pas de camions vidangeurs à la Mairie de Parakou, et une station de traitement de boue de vidange construite depuis 10 ans n’a jamais été mise en service. Conséquence, même les vidangeurs professionnels privés sont obligés de déverser les boues de vidange à l’air libre. L’eau de ruissellement s’en charge, vers une direction connue : l’okpara. Pourtant le technicien de la soneb décline toute responsabilité. ATCHEKPE Damase estime que seuls ceux qui boivent l’eau de puits, surtout dans les quartiers périphériques souffrent de la fièvre typhoïde. Il affirme même ne pas recevoir des plaintes du milieu de la santé. Le Docteur Baguidi, prenant exemple sur lui-même et sa famille contre attaque : « je suis un maniaque de la célérité en matière de lavage systématique des mains, ainsi que les membres de ma famille ; nous avons été tous vaccinés en pleine couverture vaccinale, pourtant nous avons tous souffert de la fièvre typhoïde ».

Concernant les particules qui se déposent au fond des verres, la soneb a aussi une explication. Il s’agit du fer, plutôt utile pour l’organisme humain, d’après le technicien ATCHEKPE Damase. Le Docteur réplique qu’il s’agit de dosage et que l’excès de toute substance chimique dans l’eau présente toujours des dangers pour l’organisme humain.

Le doute est définitivement installé dans la tête des consommateurs pour qui, l’eau de la Soneb reste un pis allé. Appréhensions ou reproches fondées de la part des consommateurs ? Explications rassurantes ou simple marketing de la part de la Soneb ? Nous remontons les eaux, destination le fleuve Okpara à une vingtaine de kilomètres de Parakou. Dans le village Kpassa, la plus grande agglomération la plus proche du fleuve, les toilettes sont rares sinon inexistantes.

Nous sommes à la Station de pompage de la Soneb. En plein milieu du fleuve, la tour de prise. A une dizaine de mètres de nous, le flotteur. Son rôle est double. D’abord filtrer les déchets solides, puis aspirer de l’eau mieux oxygénée pour combattre l’effet du chlore qui, au contact du manganèse produit la teinte rougeâtre de l’eau. L’eau qui quitte la tour de prise est ensuite exposée pour s’oxygéner, mais aussi pour se décanter au niveau du dessableur. L’eau n’a déjà plus la même odeur. D’un tuyau coule en permanence le seul produit sur lequel la Soneb compte. Plusieurs litres de chlore sont injectés ici pour la phase de pré chloration. Nous allons maintenant à la salle de reprise. Les moteurs tournent et envoient environ 6000m3 d’eau pré chlorée par jour vers la station de traitement final au quartier Banikanni, à Parakou.

Malheureusement, cette eau sur le barrage n’est pas à l’abri de plusieurs menaces dont la pollution de toutes natures dont nous traitons dans la deuxième partie de l’enquête.

 

 

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